Slippery Slide

Salut {{first_name}}!

Il y a un moment déjà que j’ai écrit quelque chose ici. Les dernières semaines ont été passablement remplies, et il est très – beaucoup trop – facile de laisser tomber ces conseils du lundi lorsque je suis bousculé par le temps…

D’ailleurs, je t’écris d’Allemagne, où je suis pour deux semaines. Je travaillerai ensuite depuis l’Argentine, pays de ma compagne — nous y passerons l’été. 

Pourquoi ces quelques mots sur ma vie privée? J’imagine qu’il s’agit d’une manière de conjurer la culpabilité qui m’assaille de m’être fait si rare ces derniers temps – ces divers projets de séjours à l’étranger accaparent beaucoup de temps… 

Sinon, je prépare actuellement une formation en copywriting/storytelling que je lancerai à la fin de l’été. Je lis donc pas mal sur ces deux sujets, j’y réfléchis beaucoup, je note. 

Pourquoi traiter les deux sujets ensemble? Parce que l’un et l’autre sont plus efficaces en couple, à mon avis.

Le copywriting ancré dans une narration gagne en force et en pertinence: on commence à lire et on ne veut plus s’arrêter.

Il y a d’ailleurs une expression pour décrire cet effet : the slippery slide

Littéralement, on pourrait traduire par le « toboggan glissant ».

On pourrait, mais on s’en gardera : autant « slippery slide » glisse à l’oreille (on est entraîné par la répétition de « sli »), autant « tobogan » fait cahoter. 

Je lui préfère « pente glissante », en raison notamment des réverbérations sémantiques de l’expression en français…

« Mais de quoi s’agit-il au juste? me demandes-tu. Viens-en aux faits! »

J’y viens. La technique de la pente glissante est le fait de Joe Sugarman, un brillant copywriter.

Le principe est simple, et pour le comprendre, rappelle-toi t’être trouvée enfant au sommet d’une glissade.Tu étends tes jambes, hésitante; tu prends, craintive, la mesure de la hauteur. Pour avancer un peu, à peine, tu fais un léger bond des fesses vers l’avant en t’aidant des deux mains fortement agrippées aux rebords qui courent de chaque côté. Et soudain, soudain, tu sens que tu commences à glisser, mais tu n’es pas encore prête, oh non, il te reste encore des tonnes de courage à emmagasiner avant de te laisser aller, tu veux te retenir, ralentir l’élan, mais tu te sens impuissante, et c’est tout ton corps qui est emporté de plus en plus vite vers le bas. 

C’est la pente glissante : une fois que tu es partie, tu ne peux plus t’arrêter. 

La slippery slide (on voit aussi slippery slope) est une technique de rédaction qui fait en sorte que les lecteurs ne puissent s’arrêter. 

Le rôle de la première phrase ? Te faire lire la deuxième. Celui de la deuxième? T’engager sur la troisième. Et ainsi de suite jusqu’à ce que tu arrives au bas de la glissade et à la fin du texte.

C’est un truc de copywriting qui s’adapte fort bien au storytelling : accrocher le lecteur dès le début par une image forte et ne pas le laisser aller jusqu’à la fin de l’histoire.

Comment on fait? 

1. Tout commence par le titre: tu as quelques mots pour accrocher le lecteur.

2. Ensuite le lead : l’intérêt que tu as suscité, tu dois le cristalliser dans le court paragraphe qui suit le titre. 

3. Et finalement la première phrase du premier paragraphe : courte, facile à lire, assez forte (= intéressante dans le contexte) pour accentuer l’élan de lecture.

 Ces 3 éléments : 

  • titre
  • lead
  • première phrase

ce sont tes piliers.

Avec le titre, l’enfant aperçoit la glissade et monte dans l’échelle.

Avec le lead, il s’assoit en haut, contemple le sol, s’avance doucement en s’aidant d’une légère poussée.

À la première phrase, ça y est, alea jacta est, le sort en est jeté, l’enfant glisse et ne sera freiné que par ses pieds touchant le sable.

Mon conseil de la semaine et donc d’apporter le plus grand soin aux premiers mots et éléments de tes textes (titre, lead, première phrase). Plus ils seront forts, plus tes textes seront lus et convaincants. 

Au contraire, si tu les rates, tes lecteurs risquent de vite t’abandonner. 

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(Ce que je fais à Berlin? Je suis invité par un organisme littéraire dans le cadre d’un programme qui s’intéresse à la traduction de poésie allemande (un de mes dadas). On est une douzaine qui venons d’Espagne, de Chine, d’Argentine, de l’Inde, etc., on passe une semaine à discuter de littérature. Pas mal cool. J’ai vécu trois ans à Berlin dans les années 90, j’aime (vraiment beaucoup) cette ville.)

Allez, je te laisse là-dessus, et te souhaite une bonne semaine.

Érik
Rédacteur agréé,
qui se rappelle avec délice les heures de plaisir dans les glissades du parc Au bois joli…  

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